Paradox Music

Donor – Against All [Prosthetic Pressings]

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Nous sommes en 2039, quelques années après la fin de cette 3ème guerre mondiale qui a parachevé le processus de bouleversement climatique irréversible et son lot d’extinction d’espèces biologiques… Les libertés individuelles sont réduites à nos besoins les plus basiques, tous nos faits et gestes sont épiés, et à la moindre infraction, la puce électronique qu’on porte sous la peau du cou nous inflige une décharge électrique qui nous paralyse pendant des heures… Voici l’univers post-apocalyptique dans lequel nous plonge le premier album long format de Greg Schappert aka Donor sorti le 03 février sur Prosthetic Pressings. Ce même label de Chicago qui a publié il y a 4 ans son EP « Ends meet ».

Le producteur américain basé à Brooklyn est connu pour ses sorties technoïdes sur Semantica ou Stroboscopic Artefact entre autres… En 2006, il établit sa propre plateforme digitale Miniscule. C’est grâce à cette structure qu’il rencontre le londonien Tom Russel avec qui naîtra rapidement leur projet Donor/Truss, dont les sorties apparaissent sur des labels aussi prestigieux que Synewave, Perc Trax et M_Rec.

Revenons donc à cette bombe à consonance Indus, que vient de larguer Donor sur l’univers Techno.

Cet album, clairement dystopique, est directement inspiré de la ville de New-York. En effet, la configuration utilisée pour sa production est on ne peut plus conceptuelle : une TR-909 de chez Roland et un field recorder (Edirol R-09) qui lui a permis de capturer différents éléments sonores rencontrés ça et là dans la « Big apple ».

L’intro, « Hands on », annonce la couleur avec ses lignes de drones chaotiques, et ses nappes qui font présager le pire !

« Calling » est un appel à la résistance, à la révolte… Son kick dédoublé, et ses drums métalliques entêtants nous font rentrer dans le vif du sujet. A noter le petit motif « goutte d’eau » qui agrémente le tout et que l’on retrouve tel un fil rouge dans plusieurs autres morceaux.

Malgré son côté très répétitif et l’omniprésence de cette basse lourde, « Station A14 » laisse entrevoir un semblant d’espoir grâce à une nappe plutôt rassurante. Le vocal est, selon l’artiste, issu d’un enregistrement d’une station radio de la police New-yorkaise.

« IP test » fait selon moi référence aux dérives que pourrait générer l’exploitation des données informatiques personnelles… Avec une rythmique à la limite de l’organique, et cette bouclinette acide qui évolue tout du long, ce morceau met l’auditeur littéralement en transe.

Avec « Counter », on reste dans un esprit tribal mais la nappe synthétique qui apparaît à la deuxième partie donne une dimension plus atmosphérique au morceau.

« Us for them » est probablement le moment fort de l’album. On y retrouve les structures et motifs phares des morceaux précédents mais dans une parfaite harmonie, une espèce de synthèse préliminaire pour faire le point avant de passer à la dernière partie. Certains y verront même des consonances Trance avec cette boucle synthétique omniprésente dans le morceau.

« Fault is found » a été pour Donor le morceau le plus difficile à achever, et on y ressent tout le côté perfectionniste de l’artiste. Ça nous fait penser à une espèce de course-poursuite dont l’issue est malheureusement connue d’avance. Le résultat est à la fois conceptuel et abouti !

Avec ses bruits d’hélice qui ne sont pas sans nous rappeler les productions de Bytone sur Raster Noton, « Own Exile » est une espèce de bataille finale qui nous montre que ça ne sert à rien de lutter !

L’outro, « In your place » est un morceau ambiant mêlant espoir et résignation à notre triste sort. La mélodie de la nappe est très riche en émotion, et se voit agrémentée de bruits émanant d’une forêt, pour le côté apaisant. La face dark du morceau est concrétisée par la présence de voix tout droit sorties d’un enregistrement radio d’un survivant à une catastrophe naturelle.

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